lundi 27 mai 2013

L'évasion culturelle comme une forme d'émancipation




"Le plus beau voyage est de se prouver sa liberté"




Etudiant, étudiante, traitez-moi de menteuse ou admettez qu'il nous arrive bien trop souvent de pousser des coups de gueule contre le système éducatif français et sa charge horaire trop lourde, contre ces modules toujours plus nombreux dans chaque filière, et j'en passe.
Alors oui, quand je me retrouve un mardi soir à 19h à suivre un cours de Gastronomie et Politique, la tête déjà pleine à craquer de notions en tout genre ingurgitées tout au long de la journée, et il y a encore ce TD de Sociologie Po à préparer pour le lendemain, je me demande pourquoi m'infliger tout ça. Est-ce qu'étudier l'évolution du rôle de la Gastronomie dans la sphère politique va réellement nous servir à décrocher un emploi dans quelques années ? 
Rien n'est moins sûr. Alors pourquoi ?




Ce midi, repas de fête, repas en famille.

Après quelques coupes et quelques souhaits, les premiers amuses-bouches savourés, les langues se délient et nous en venons à relater quelques souvenirs d'enfance. Dans cette situation assez commune, ma grand mère en vient à nous expliquer son goût si prononcé pour l'histoire de l'Art.


M.H a une personnalité très forte. Quand nous venions chez elle, plus jeunes, elle nous emmenait faire le marathon des musées. Plus pro que pro, je me souviens que certains visiteurs se joignaient à nous, la prenant pour une guide. Il faut dire qu'elle avait le don très singulier de sortir de sa petite voix chantante LE détail, l'anecdote, l'explication-qui-tue, au moment le plus propice. Dieu que je lui en ai été reconnaissante cette année, en découvrant un fameux module censé balayer en 1 semestre l'Histoire de l'Art du Paléolithique à la nouvelle subjectivité en passant par le rococo. Donc je connaissais déjà bien cet aspect de sa personne.


Et pourtant.

Née dans une famille (trèèèèèès) modeste de 13 enfants, elle n'a pu faire des études, et s'est retrouvée très vite mariée à mon grand-père. Propriétaires d'une ferme, il en valait de soit à cette époque que sa destinée se situerait pour toujours dans les "travaux de champs et de bêtes", comme elle dit.
Elle prît son mal en patience, continuant de piocher à droite à gauche, chaque opportunité que la vie lui offrait pour éponger sa soif de culture. 
Le jour même de sa retraite, elle s'est inscrite à la fac. Elle garde un excellent souvenir de cette dizaine d'années où elle fut entourée d'étudiants qui, amusés par cette petite vielle de 65ans, se montraient très attentionnés, la surnommaient "Mamie" et la conseillaient dans ses choix de cours. 
Parallèlement elle s'est engagée bénévolement dans une association d'aide à la personne, et y devint salariée deux ans plus tard. 
Son travail à la ferme n'ayant jamais été déclaré, faute d'informations (quand la précarité touche une famille, elle la touche jusqu'au bout), et la retraite de mon grand-père s'élevant à moins de 300e, c'est grâce à ce petit pécule qu'elle put enfin voyager !

Ces 4 ou 5 jours par an représentent l'aboutissement d'une lutte courageuse contre la précarité, l'ordre social, et la résignation. 


Cette courte parenthèse vise, humblement, à rappeler la lutte que peuvent engager certaines personnes pour vivre, même à 60 ans, ce à quoi ils aspirent depuis leur enfance. 


Invalide aujourd'hui, son amour des belles choses grandit sans cesse entre ses récits de voyages (auxquels elle se consacrait les 362 jours restants), les documentaires Arte soigneusement sélectionnés, nos débats (merveilleusement alimentés par ces récits animés et pertinents des dernières nouvelles du monde), et nous invite plus que jamais à l'ouverture d'esprit. 




   

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